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POURQUOI

L'INTERVIEW DU MOIS  
 
MARC BALZER, PRESIDENT DE L’ ADESCI * 
 
"NOUS SOMMES LES VICTIMES D’UNE SITUATION DE GUERRE..." 
 
Installés en Côte d’Ivoire depuis 1999 où ils ont créé de toutes pièce un complexe balnéaire dans un style lodge à Sassandra, à 280 kms à l’ouest d’Abidjan sur un terrain de quatre hectares, Marc Balzer et sa compagne Floriane Kirchhoffer ont vu brutalement basculer leur destin dans la nuit du 6 au 7 novembre 2004. Cette nuit là, des miliciens sont venus tout détruire et piller… 
 
Tout souriait à ce couple qui avait monté ce complexe hôtelier dans un site paradisiaque de Côte d’Ivoire où les « toubabs » ( les blancs) mais aussi pas mal d’Ivoiriens venaient passer quelques jours de détente, loin d’Abidjan. Avec en filigrane un esprit « éco-tourisme » dans le concept du projet. Ingénieur du son à Strasbourg, Marc Balzer avait opéré dans sa vie un changement de cap total avec celui-ci. En une nuit, tout a été détruit, laissant Marc Balzer et sa compagne démunis de tout. Ils ne durent leur salut que grâce à un ami qui, avec un petit avion, a pu rejoindre l’aéroport d’Abidjan d’où ils purent regagner la France. 
 
 
 
un cadre idyllique, un bel outil touristique au bord de l'océan. ( Photo fournie)  
 
Marc Balzer souligne d’emblée que contrairement à ce qu’on a pu voir à la télévision, les Ivoiriens sont en général des gens tout à fait accueillants et charmants et 60 à 70 e la population souffre. Il souligne aussi que les entreprises françaises représentent 51es recettes fiscales du pays. Il passe rapidement sur les raisons politiques qui ont petit à petit amené la situation explosive de novembre 2004. Dans la journée du jeudi 4 novembre, des avions ivoiriens ont bombardé des positions rebelles. Idem le vendredi 5. C’est le samedi 6 que la position française de Bouaké a été bombardée avec la décision du président français de détruire l’aviation ivoirienne. « Ce n’est pas à moi de juger mais la situation a été sous-estimée puisque nous sommes devenus otages de cette sanction. Parce que dans l’heure, je dis bien dans l’heure qui a suivi cette destruction, le pays était en ébullition: la propagande, la haine, la chasse au blanc a été diffusée dans l’heure. Et toutes les milices ont fait le travail pour lequel elles étaient commanditées et payées : tout piller, tout saccager. Ciblé Français, uniquement Français. Cela a été systématique. Ce n’était pas un mouvement spontané mais bien un mouvement bien préparé.  
 
 
 
ce qui reste après le passage des milices ( photo fournie ) 
 
Dans la journée du 6 nous avons eu une première indication par un employé qui nous a dit « ça parle mal des blancs à Sassandra » alors que d’habitude cela se passait seulement à Abidjan. Là, cela s’est étendu à tout le pays. Avec ma femme nous avons décidé de dormir à l’hôtel même puisque nous avions des clients. Nous avons demandé au préfet s’il avait mis en place un service de sécurité. Oui, oui tout est en ordre nous a-t-il répondu. A une heure et demie du matin un ami de Sassandra nous a téléphoné : « partez, partez vite, ils vont tout casser, tout brûler… ». De la plage où nous étions réfugiés, nous avons vu brûler l’hôtel. 
Plus tard nous avons été à la résidence du préfet où nous étions « gardés » par ceux qui nous ont pillés… Lundi après-midi nous avons été « exfiltrés » par ce petit avion et nous sommes arrivés le 10 novembre en France. Voilà ! 
 
Pourquoi avoir créé cette association ? 
 
Je ne pouvais pas accepter l’idée de perdre l’outil de travail que nous avions conçu, construit, réalisé et sachant aussi que de nombreuses PME ont été touchées. J’ai donc tout de suite compris qu’il fallait se fédérer pour se mobiliser en vue de se faire entendre et d’avoir un poids, d’être représentatif des entreprises sinistrées en Cote d’Ivoire.C’est pourquoi nous avons créé l’ADESCI. 
 
Quel est à l’heure actuelle le montant de votre sinistre ? 
 
600.000 euros. Sans parler de la perte d’exploitation ni du préjudice moral ! Simplement des dommages matériels. J’étais assuré mais pas pour ce genre de cas de figure. C’est évidemment une perte sèche et compte tenu qu’il s’agit d’une affaire récente, nous avons des engagements bancaires en cours. Nous n’avons plus notre outil de travail, nous avons des dettes et nous sommes au RMI ! C’est ce que j’explique aux politiques. Nous n’avons plus rien à perdre. Ce qui nous reste, c’est la rage de nous battre, de nous faire entendre en vue de nous faire indemniser .Ce sont les PME et PMI qui ont été touchées. Ce ne sont pas les grands groupes qui ont été visés. Il y a environ 150 entreprises totalement sinistrées, sans compter les autres entreprises qui sont encore debout mais subissent le contre coup avec des pertes d’exploitation. 
 
Quand avez vous créé votre association ? 
 
Début décembre ! Vous savez, la décision de créer l’association, je l’ai prise lorsque j’étais encore dans l’aéroport d’Abidjan. La motivation était là vous pensez bien. C’est qu’au départ j’ai eu beaucoup de mal à fédérer les entreprises parce que tout le monde était KO debout et que les uns et les autres étaient partout en France avec les difficultés de contact. Par contre j’ai eu la chance que l’un de mes amis était client chez moi à ce moment là, Jean Luc Kopp de l’agence Eurostratège de Strasbourg qui lui a été particulièrement choqué par cette histoire. Il a vécu des vacances un peu particulières... Il a mis à ma disposition un bureau et une logistique pour que je puisse travailler dans le cadre de cette association. 
 
Combien d’entreprises fédérez vous ? 
 
Je suis en relation avec la Chambre de Commerce ivoirienne avec qui nous allons échanger des fichiers et des renseignements . Nous avons recensé entre 150 et 200 PME considérées comme sinistrées et nous avons déjà 80 adhérents. Et il en rentre tous les jours. L’ADESCI représente globalement les PME sinistrées en France et la Chambre de commerce ivoirienne fait son travail de son côté. 
 
Comment allez vous poursuivre votre action afin d’être un jour indemnisés ? 
 
Eh bien dans un premier temps nous avons surtout cherché à médiatiser notre démarche. Ensuite nous avons pris des contacts au niveau du Quai d’Orsay. Une cellule interministérielle que nous avons rencontrée a été activée et un premier train de mesures pris qui concerne l’ensemble des rapatriés. Il y a également la mise sous tutelle de la loi de 61, activée par Michel Barnier ministre des Affaires étrangères suite à l'intervention du sénateur André Ferrand que nous avons rencontré. C’est la loi spécifique aux rapatriés d’Algérie. Le bénéfice c’est que nous sommes considérés comme des rapatriés alors qu’au départ nous étions considérés comme des retours volontaires. Il y a tout de même une sacrée nuance. Cette loi énumère les aides accordées aux rapatriés : prestations de retour, prestations temporaires de subsistance, prêts à taux réduits et subventions d’installation, d’accès à la profession et d’admission dans les établissements scolaires. Ce sont des aides sociales et des aides à l’installation ou à la réinstallation en France. Il n’est absolument pas question d’indemnisation. Cela a donné lieu le 23 décembre à l’amendement d’un décret donnant droit a une aide spécifique de 750 euros par personne. Cela concerne l’ensemble des rapatriés. Pour les entrepreneurs, la seule mesure prise est une aide à la création d’entreprise à hauteur de 10e l’investissement avec un plafond de 40.000 euros. Nous sentons qu’au niveau politique nous sommes déjà délaissés. Ils considèrent quelque part qu’ils ont fait leur boulot de réinsertion mais qu’ils ne font pas face à la conséquence de leur acte qui n’a pas été forcément mûrement réfléchi. Nous sommes les victimes d’une situation de guerre et nous en sommes les otages. Nous sommes les dindons de la farce. Et c’est un état de fait que nous ne pouvons accepter. Nous sommes entrain de peaufiner et de finaliser une action juridique demandant à la France de faire face à notre situation. Nous lui demandons de débloquer une indemnisation d’urgence pour nous permettre de rebondir, de redémarrer. Soit en France soit ailleurs. La France pourra se retourner contre la Cote d’Ivoire. Il y a suffisamment de preuves dans ce domaine là. Et il y a suffisamment de fonds venant des bailleurs de fonds internationaux qui pourraient financer ces indemnisations. Dont le montant tourne autour de 50 millions d’euros.  
 
Auriez vous envie de retourner en Cote d’Ivoire ? 
 
Oui, oui. Bien sûr. Mais pas dans les conditions actuelles. L’ethnie actuelle au pouvoir n’est absolument pas représentative de la population de Cote d’Ivoire. 60 à 70es Ivoiriens sont également victimes de cette politique et en souffrent.  
 
 
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Un dîner de soutien sous l'égide de la Confédération Européenne des Associations de PME est organisé le 28 janvier à 20h au " Château de l'Isle" à Ostwald près de Strasbourg. Le bénéfice servira à financer les démarches de l’association. 
Inscriptions auprès de M. René Eckhartdt, 6 impasse des grives à F - 67203 Oberschaeffolsheim 
Tél et fax 33 (0) 3 90 20 28 65 - Portable 33 (0) 6 79 97 65 58 - e-mail: rene.eckhardt@wanadoo.fr 
 
 
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*Association de Défense des Entreprises Sinistrées de Côte d’Ivoire 
8 rue Erckmann Chatrian 67000 Strasbourg 
Président : Marc Balzer 
e-mail : adesci@eurostratege.com 
tél : 03.88. 15.52.52 
fax : 03.88. 15.52.53

 

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Modifié en dernier lieu le 20.02.2005
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